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« Agent d'artiste ? ». Le marchand d'art m'a regardé un peu interloqué : « ça existe en France ? ». Oui. Pourquoi non.

Métier à redéfinir donc. On ne vend pas de l'art comme de la choucroute.

Bon d'accord. Une œuvre vous plaît. Coup de cœur. Achat compulsif. Elle serait bien là, au-dessus du canapé. Rappel du bleu du camaïeu des rideaux. Ou là, dans la salle de réunion, ce grand pan de mur silencieux, nu, il ne demande qu'à être habité, il lui faudrait quelque chose pour accrocher les regards errants

A-t-on besoin d'un agent pour ça?

L'œuvre d'art n'est pas un objet ordinaire, ce n'est pas un objet artisanal, bien fait, techniquement irréprochable. Ce n'est pas un objet de décoration. Ce n'est pas seulement ça.

Alors quoi, au juste ?

Là intervient la notion de culture et j'ouvre le Robert : « Développement de certaines facultés de l'esprit par des exercices intellectuels appropriés. Par extension : Ensemble de connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement. »

L'œuvre d'art, objet culturel, acquisition dépourvue de neutralité puisqu'elle engage le goût certes mais surtout le dialogue émotionnel, la sensibilité, la culture de l'acquéreur. Si une œuvre d'art plus ancienne est reconnue, située bien précisément dans l'histoire de l'art qui lui consacre une place bien définie soutenue par un discours analytique, l'œuvre d'art contemporaine, elle, permet plus difficilement ce recul. Pourtant sa création ne se fait pas sans référent, elle s'occupe aussi de son positionnement dans le champ social et artistique et bien souvent de manière inconsciente, au-delà du vouloir de

l'artiste qui, quelles que soient ses réticences et son souci sinon de marginalisation du moins d'originalité, l'inscrit dans le patrimoine de ses références culturelles et sociales. Il ne peut être neutre, il ne peut prétendre à aucune virginité dans ce domaine. Son œuvre entre forcément dans le champ de la signifiance environnementale.

Et c'est là que nous en venons au rôle de l'agent qui propose à l'acquéreur non seulement un objet à valeur esthétique mais aussi de raconter l'histoire de sa genèse. Genèse qui lui est accessible par le rapport qu'il entretient avec l'artiste, celui qu'il a choisi, celui avec qui il est entré dans l'intimité du sens de sa création et qui peut ainsi la mettre en rapport avec les tendances, les orientations de l'art contemporain mais aussi avec les manifestes échos qu'il peut y percevoir de tout notre passé culturel, afin de l'inscrire dans une contiguïté historique et pertinente qui sera sans doute garante de sa valeur future.

Je présente dans ce catalogue des artistes que je connais dans l'intimité de leur atelier, ceux avec qui les discussions sont non seulement amicales et bienveillantes dans le principe de collaboration que nous avons conjointement établi mais aussi intéressant le sens de leur démarche et que retracent partiellement – comme un micro laissé par mégarde ouvert – les interviews que vous y trouverez. Je me suis également permise de retracer ma propre perception de leur œuvre qui bien sûr ne se prétend pas exhaustive mais permet d'ouvrir une voie que l'acquéreur aura tout loisir de compléter – voire contester – avec son ressenti personnel et c'est toujours avec plaisir que je prolongerai ces débats dont l'essence est la parole de l'œuvre elle-même, sa capacité à générer ces discours, attestation essentielle de sa validité.

Flore MARIE

 
 
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